Le ramadhan et le crêpage de chignon !

Décidément, le Ramadhan ne réussit pas à tout le monde ! Par Celia Ouabri

« Trop fade, ta chorba ! Pourquoi n’as-tu pas fait de mâtloo aujourd’hui ? Ton flan est raté ! »
« Pourquoi invites-tu tes parents à manger avec nous ? Et la télécommande, où l’as-tu encore cachée ? » Oulla ! Voilà un mari qui trouve en sa femme le parfait défouloir…

Combien sont-ils, ces Messieurs, prêts à se disputer pour n’importe quoi ? Pourtant, durant ce mois sacré, il va falloir les prendre avec des pincettes ! Le Ramadhan, ça craint vraiment pour la paix des ménages.

Le pic des querelles conjugales

Plus que pendant les autres jours de l’année, les querelles entre couples atteignent un pic lorsque Sidna Ramadane arrive. Dans ce mois spécial, il n’est pas rare d’entendre des voix s’élever dans le voisinage, souvent suivies de bruits de vaisselle qui vole en éclats. Sous l’effet de la faim, de la soif, mais surtout du manque de caféine et de nicotine, les esprits s’échauffent et les escarmouches démarrent au quart de tour.

Monsieur a eu la mauvaise idée de prendre son congé durant le Ramadhan. Madame n’en peut plus de le voir fourré dans ses jupons. Il tourne en rond comme un lion en cage et cherche l’embrouille. À la moindre occasion, ça part en vrille, souvent pour des broutilles ! D’après de nombreuses femmes interrogées, leur mari est loin d’être un cadeau durant les 30 jours de ce mois sacré. Si elles le pouvaient, certaines laisseraient bien leur homme en consigne chez la belle-mère, jusqu’à l’Aïd.

Gh’leb’houm Ramdane !

Dès que le Ramadhan approche, Samira (45 ans) commence à s’initier au Yoga sur Internet. Elle redoute le comportement de son mari. « Mon mari prend toujours son congé pendant le Ramadhan. Comme il est nerveux, il préfère éviter de risquer d’envoyer quelqu’un à l’hôpital, comme il le dit. Mais c’est moi qui trinque. L’enfer, c’est à la maison, au quotidien. C’est pire qu’une belle-mère acariâtre ! »

Samira poursuit : « Au sujet du menu du ftour, c’est la guerre. Si je dis : Chorba Beida, il veut Chorba Frik. Si je propose un m’tawem, il préfère un tadjine. Et le pire, c’est qu’au moment de passer à table, il tire la tronche, car rien ne le satisfait. Il exige des plats et des desserts, pour finalement les laisser en plan. Pas question de les resservir le lendemain, il veut encore de nouvelles recettes. Si au moins il donnait un coup de main… Mais non, il est toujours là à chercher la petite bête, tellement il s’ennuie. J’essaye de respirer calmement, mais à force, j’explose aussi. Les voisins doivent se dire : « Gh’leb’houm Ramdane ! ». Franchement, jeûner ne me fatigue pas autant que ses sautes d’humeur et ses colères. Y a-t-il quelqu’un pour le prendre en pension ? » plaisante-t-elle.

La moutarde me monte au nez !

Pour tuer le temps et éviter de fixer l’horloge en attendant le ftour, certains maris se lancent dans des travaux en tout genre, au grand désespoir de leurs femmes qui ne savent plus où donner de la tête.

« Mon mari est un grand égoïste qui ne pense qu’à sa poire ! » nous confie Zohra (50 ans). « Il choisit toujours le mois de Ramadhan pour entreprendre des travaux de maçonnerie, peinture, ou plomberie. Résultat : je me retrouve à courir partout. Après, une fois que Monsieur a fini son bricolage, il laisse la maison sens dessus dessous et sort faire un tour. Et moi, je dois tout ranger et nettoyer. Entre mes fourneaux et ma serpillière, je n’en mène pas large. Ce problème crée des disputes constantes. Dès qu’il sort son attirail de guerre – truelle, marteau, clous, etc. – je sens la moutarde me monter au nez et je sais qu’un crêpage de chignon n’est pas loin ! »

Ennuie, chaleur, privations, journées interminables… Un cocktail explosif qui attise les disputes entre couples. Ce n’est qu’une fois le café avalé et la première cigarette allumée après le ftour que les esprits se calment et que le calme revient dans les maisons. Et quand l’Aïd arrive, tout repart comme en quatorze, jusqu’au prochain BMS prévu pour le Ramadhan suivant !

L’avis du Spécialiste : Dr A. Nazim, psychologue

Les querelles dans un couple sont inévitables. En général, les sujets de discorde tournent autour du ménage, des enfants, de la belle-famille, du travail, de l’argent… mais pendant le Ramadhan, ces mêmes motifs de mésentente sont accentués.

Ce mois sacré chamboule nos habitudes et titille nos nerfs, à cause des privations (faim, soif, nicotine, caféine…). Deux options s’offrent à nous : soit on tente d’éviter les conflits intelligemment, soit on exprime nos désaccords en se limitant au sujet de l’embrouille. Mieux vaut éviter de ressortir les vieux dossiers et privilégier une discussion franche : « C’est quoi le problème ? Parlons-en ensemble. »
En effet, même un différend, bien géré, peut être un mode de communication au quotidien et une manière de prouver son attachement à l’autre. Quand il y a dispute, c’est qu’il n’y a pas d’indifférence. Finalement, tout est dans l’art de dire les choses, même lorsque le Ramadhan s’en mêle !